Hipster professionnel

Plus de méga-pixel, du focus plus rapide, des zooms de plus en plus performants, des flashs de plus en plus puissants. Pluuuuuuuuuuuuus.

Stoppez tout, on est parti dans la mauvaise direction ! A l'image de notre société actuelle de nombreux photographes ont participé à la plus grande course à l'armement de l'histoire.

Mais au fond est-ce que l'on n'aurait pas un peu raté le coche ? Est-ce que tout cet équipement de pointe fait vraiment de nous de meilleurs photographes ? J'ai l'impression que là où la technologie devrait nous aider, nous faciliter la tâche, elle finit par nous encombrer et nous éloigner de notre but premier. La photographie est devenue une prouesse technique loin du témoignage d'une emotion, d'un instant.

Du moins, c'est ce que je peux constater en prenant du recul par rapport à ma propre pratique. A vouloir faire du travail de pro j'ai cherché à m'équiper comme une bête : boitier, optiques, light, ... et j'ai fini par essayer de tuer une mouche avec un bazooka !

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne suis pas en train de vous vendre l'idée que du vrai matériel de pros ne sert à rien. Loin de là. Je deviens juste partisan du bon materiel pour la bonne mission. Ni trop, ni trop peu. Car à force d'être effrayé par le "trop peu", j'ai fini par virer dans le "trop". Et soudain, le drame... Je mitraille au lieu de photographier. Je choppe le max de RAW, je réfléchirai après. Tant pis s'il y a 4 000 images à trier et à traiter. Je ne veux rien rater.  Je fais des portraits volés au 100 mm. J'ai été jusqu'à croire de manière convaincue que je ne pouvais pas pondre du travail "pro" sans m'équiper au minimum de Ranger Quadra. Il me fallait plus de lights, de plus en plus puissantes (mais encombrantes) pour être sûr d'avoir de belles images lumineuses. Pan, "ci-git la créativité" : une fois que tout ce matos est posé, pas question de déplacer quoi que ce soit.

C'est pas une mouche que j'ai tué mais la créativité. RIP le contact humain, le sens, l'émotion.

 

Au moment de la post-production je verse une première larme. D'abord oui, j'avoue, une larme d'émotion impressionné devant tant de beauté : "Mais quel piqué". La seconde larme par contre sera de tristesse ou plutôt de stress. Car me voilà face à un boulot monstre de post-production et un timing à tenir. Ce putain de timing qui n'a de cesse de se re-serrer.

Oui le timing parlons-en. Toute cette technologie finalement qui devrait nous aider à faire "plus" en moins de temps, n'est-elle pas en train de nous bouffer plein de temps ? Du temps que l'on pourrait passer à autre chose comme se recentrer sur des choses essentielles. Du temps qui pourrait nous permettre de pousser plus loin notre approche ou tout simplement voir aboutir plus de projets ?

Je suis arrivé au triste constat que dans le process complet de la réalisation d'un portrait, trop peu temps était directement consacré au contact humain :

- 30min à 1h pour une première rencontre, si elle a lieu - 2 ou 3 heures de shooting - 30 minutes pour la remise, si elle a lieu

Ce qui nous fait tout au plus 4h30. Et franchement ça c'est dans le meilleur des cas. Après combien de temps vais-je passer à préparer, ranger, trier, retoucher, back-uper, récolter les feedbacks par email, ... ? 8 - 12 heures ? Disons 10 heures.

Déjà humainement le constat est un peu triste. Mais d'un simple point de vue "économique" c'est un drame. Car en tant que pro je dois pouvoir facturer ces 10 heures à mon client. La pilule risque d'être difficile à avaler....

Au début, tout cela me semblait plus que normal. Et je rêvais aussi d'élargissement... de matériel. Puis, Zack Arias a jeté le premier pavé dans ma marre... Ma chérie aussi m'a subtilement fait comprendre que ce n'était pas la taille qui compte je passais trop de temps sur mon iMac. Pour en revenir à Zack, je l'ai pris pour un vieil hispter charlatan au début quand il expliquait dans son bouquin qu'il travaillait aujourd'hui presque exclusivement avec un appareil hybride. Son reflex restant au placard. Finalement, après une explication sensée il a commencé à me faire douter... Strobist comme moi, il explique que pour photographier un sujet en pleine journée il pouvait soit augmenter la puissance des flashs, soit travailler avec un appareil qui permet une vitesse de synchronisation-flash plus élevée et d'éteindre littéralement le soleil.

C'est ce que permettent par exemple les appareils "leaf-shutter" de la gamme "Fuji-X". Au début un petit peu sceptique... j'ai décidé de faire un test en réalisant un shooting avec un Fuji x100. Au lieu de le tester en vitesse de synchronisation hi-speed, qui je le savais fonctionnait, j'ai décidé de le tester dans des conditions difficiles : au beau milieu de la nuit ! Et force est de constater que la bête s'est plutôt bien débrouillée. Réputé pour son auto-focus un peu trop lent, j'ai trouvé que c'était acceptable dans la pénombre. L'auto-focus était loin d'être nerveux mais utilisable ! Et ce qui m'intéressait surtout : le résultat et la qualité des images étaient au rendez-vous. Je ne pense pas que j'aurais obtenu quelque chose de mieux avec mon équipement Canon.

Gérard par Quentin DM

Quel plaisir de pouvoir travailler avec du matériel aussi léger. Ce premier essai n'était pourtant pas suffisant pour me convaincre de passer définitivement du côté "hybride" de la force. Effectivement, il me suffirait de bosser avec un flash et un transmetteur hi-speed pour palier à mon problème initial.... (pluuuuus de light).

De là, nouvelle reflexion. Depuis un moment déjà, j'avais envie d'améliorer mon parc d'objectifs et de me diriger vers un "35mm" qui est l'une des focales que j'utilise le plus. Jusqu'à ce que je réalise qu'un boitier "Fuji-X" dernière génération + 35mm 1.4 de la gamme Fujinon me reviendrait au même prix que le 35mm tant désiré chez Canon... et visiblement je pourrais en obtenir le même résultat !

Vient ensuite un workshop organisé par Michael Ferire. Il nous présente son travail, sa démarche et son matériel : un moyen format argentique. LOL WUT? Là j'ai vraiment cru que j'avais affaire à un hipster qui avait complètement craqué. Intrigué, je lui ai posé quelques questions et suivant sa recommandation j'ai acheté le bouquin "Film photography is not dead" de  Jonathan Canlas. Je ne suis pas prêt de commencer à photographier en argentique mais j'avais envie de comprendre la démarche. Et j'avoue avoir été bluffé. Autant j'adore énormément les moments de post-production autant je réalise qu'aujourd'hui avec le numérique je me fais chier pour rien ! Je cours après l'image "techniquement" parfaite, le piqué à pleurer... Pour ensuite passer des heures à lisser des peaux... #truestory. En argentique, il est possible de penser cela en amont et s'épargner de nombreuses heures de post-production. En argentique, on pense avant d'appuyer sur le déclencheur. Ce qui épargne aussi de nombreuses heures de tri.

Et là je repense à Frank Boutonnet, qui expliquait qu'il shootait en jpg uniquement et non en RAW. J'ai d'abord crié à l'hérésie... mais finalement... et si tous ces fous avaient raison ?

En tout cas, ils sont doucement en passe de me convaincre. J'ai clairement envie de repenser mon process. J'ai envie de pouvoir améliorer mon workflow, ma rentabilité et au final ma qualité de vie. La prochaine étape ? Tester le nouveau Fuji x-e2 qui pourrait bien devenir la nouvelle figure de proue de mon équipement. Il serait le fruit de cette réflexion "slow-tech photography".

La route est encore longue, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l'évolution ! A vous de me traiter d'hipster, d'hérétique ou de fou... je reste convaincu que le vrai professionnel reste celui qui connait son matériel et se limite à ce dont il a besoin pour parvenir à ses fins.

 

On en reparle dans quelques mois ?